Ayako DAVID KAWAUCHI

Ayako DAVID KAWAUCHI

Née à Ehimé en 1963 (Japon)

Vit et travaille à Paris.

Née à Ehimé en 1963 (Japon)


Vit et travaille à Paris.



L’art d’Ayako David-Kawauchi


L’art d’Ayako David-Kawauchi



Des morceaux de corps, des échos d’êtres, et des morceaux de ciel s’affrontent, dansent, et calligraphient l’espace. Corps de ciel et taches de terre sculptent une apparence tragique et vibratile. Quelque chose d’humain, qui ne tient pas en place, surpasse les apparences corporelles. L’art d’Ayako David-Kawauchi fait demeure mouvante, instable, et dangereuse aux feux follets de l’existence charnelle. La vive gestuelle s’entrechoque aux fatigues du sens, elle « acte » le signe, et s’élance sans jamais s’épuiser en formes attendues, reconnues, et tueuses d’impact. Chez Ayako, le chaos veille, et peut-être même qu’il danse et s’allège du trop plein de l’achèvement des corps. Ayako ensemence et féminise les combles du vide. Le corps à venir est toujours déjà déconstruit. Tentatives inouïes et instables de fuir l’incarcération charnelle.


Le graphisme est désaxé, décentré, la trace entraine et disperse le sens. L’art est l’espace ouvert où l’ailleurs féconde le vide. Ayako l’enciellée refuse la tyrannie sommaire du trait. D’une fluidité nuageuse et gestuelle, elle libère les enveloppes corporelles, qui s’agitent au fond des espaces du dedans. Corps déserté, hétérogène et troublant, aux plis opaques et tumultueux, hors du centre sexuel où s’abandonnent, dans la douceur infinie de l’échange, les lignes d’une vie lointaine, adolescente et fragile, car sans corps, l’homme se vide.


Les signes graphiques, haletants et acérés, où se créent les taches corporelles enfiévrées d’Ayako, peuplent un vide insondable, et font  souveraines charges de vie. Des traces d’existence, aux effets de sillage perdu, flottent, fluides et crues, implacables et sauvages. Les signes sont bornes d’immensité, intenses, indomptées, au bord des brûlures vitales. La tache allusive éblouit le vide, et blesse l’espace d’une écriture de cristal. Ayako creuse des trous dans la peau du monde…


Des fragments d’histoire personnelle surgissent çà et là, en repères tracés à la hâte, à peine organisés, toujours à vif. Entre jouissance et déroute. Se confrontent aux vertiges de la blancheur, dans l’espace fendu de l’infini pictural. Fascinantes saisies de ces instantanés fragiles. Le vide aurait pu signer ces abandons sans assise …Cartographie aérienne et venteuse d’une intériorité poignante et déchirante, ouverte aux vents du dehors, et tentaculant les douleurs d’être. Les tracés d’Ayako traquent la vie, et ses lignes ne cessent d’inventer le hasard.


Le dedans et le dehors du corps, peints dans le même mouvement, disent le sublime et l’atroce du corps uni et séparé, mortel et immortel. Ayako, dans l’étreinte du ciel, de la jeunesse et de la mort, dit l’éternelle inguérissable beauté. Métaphore d’Eros : seul le désir peut vaincre le vide, et seul l’élan traverse l’absence… Il y a du sacrilège dans l’air : une irruption de transgressions formelles qui brutalisent la norme, et quelque chose d’interdit dérange la scène graphique. Les dessins du désir oscultent le réel. Maîtrise vraie laisse le trait se défaire, qui va seul sans relâche, et le corps s’aventure en territoire d’inquiétude... 


Grand dessin veille le vide. De son cérémonial décalé, Ayako David-Kawauchi calligraphie de l’intérieur les abîmes de la chair, ses sombres avancées, ses ténèbres, et ses surgissements inattendus. Opératrice à prodiges du dehors-dedans, d’une affolante liberté graphique, elle maintient intactes les sources inventées du corps innombrable, notre seule demeure habitable.



par Christian Noorbergen, critique d’art.

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