Envoutante, fascinante, inquiétante et néanmoins séduisante, tellement dense, l’œuvre de Murielle Belin a de quoi laisser pantois.

   Voilà maintenant une douzaine d’années – seulement pourrait-on dire – que cette jeune (née en 1976) artiste ne cesse de se renouveler en poursuivant sa quête. Aller au plus profond de l’humain, donc creuser la vie et la mort, pour atteindre l’esprit ; interroger le monde à travers ses mythes ancestraux, fondateurs, ses mythologies. Invoquer la mémoire collective tel est son propos. Une remise en question, histoire des opposés, du beau et du laid, du morbide et du sain. Du saint... à l’ange tutélaire de l’univers, le mal, la douleur, la prison du corps et l’asile de la moralité. L’imagination de Murielle Belin est fertile : un terreau où pousse des visions. Des augures, pour l’artiste en pythie.

    « J’essaie de trouver une beauté personnelle. Je veux faire beau mais pas mièvre ! » dit-elle simplement. alors, regardeur aux yeux écarquillés devant tant de représentations folles et puissantes, que, dans l’immédiateté on n’y verra que violences et monstruosités, il te faut respirer un grand coup… Pour fuir lâchement ou, au contraire, se décider à aborder les rives d’une autre réalité. 

    « je ne fais pas de la peinture comme un divertissement » déclare Murielle Belin. On aurait tort de s’arrêter à la première impression, qui, certes est forte, mais plus forte que mauvaise. Laissons-nous guider : l’artiste « aime orienter le regard ». Tombons sous le « charme » de cette œuvre qui relève du merveilleux, du féérique, du légendaire. L’art comme magie si ce n’est sorcellerie… L’ironie commence ici dans l’aspect vénéneux de cette création hors normes, hors temps.

    Murielle Belin nous égare dans ses récits, contes pour adultes si peu avertis tout compte de fées…Dans une forêt de d’ « essences »… de supports et de techniques mixtes. Un grand mix, une mixture à boire et à rêver – plus que cauchemarder en définitive -  pour un art sorcier : toiles (huile sur bois et papier roulé), reliquaires, sculptures (qu’elle présente « en bocaux » ou qualifie d’ « empaillées »), dessins. Aux techniques savantes et classiques de la peinture elle associe, depuis quelques années déjà, les « ouvrages de dames », des religieuses dès le XVIIIème siècle aux femmes d’aujourd’hui adeptes du loisir créatif : ce « travail des mains » qui est celui du papier roulé, à des fins décoratives : les paperoles. au gothique se marie le romantique, nourrissant avec délicatesse l’insolite…

    L’artiste transcende la mort en une alchimie des genres, humains et animaux. Elle monte son propre « musée d’histoires surnaturelles » en jouant dans un « cabinet de curiosités » des (trans)mutations : êtres et œuvres hybrides, chimères, bestiaires… humanoïdes. Voilà les taxidermies qui, font de Murielle Belin un docteur Frankenstein. La créature artistiquement et amoureusement façonnée apparaît, (re)naît : petite tête humaine sculptée sur corps d’oiseau, de grenouille, de chauve souris ; assemblage de plume, d’os ou de cheveux. et lorsque l'artiste utilise de la terre, on peut sans peine se référer au mythe du golem.

     L’œuvre est création ! L’artiste dieu et… Démon. Le spectateur est possédé… Mais outre la forme et la matière, la multiplicité des créatures et des aventures proposées, c’est avant tout l’excellence de leur facture qui envoûte.

    Profondément moderne, l’art de Murielle Belin que l’on pourrait rapprocher du lowbrow, teinté de pop surréalisme, fascine par ses réminiscences aux grands maîtres. En revisitant des thèmes classiques, des œuvres célèbres, il s’agit aussi d’un hommage de celle qui, avant de se lancer dans une œuvre personnelle, s'est sensibilisée à la restauration de tableaux. Au niveau de la technique elle cite Cranach. sans oublier Bosch, Van Eyck, Chardin, Géricault, Rops et, bien sûr Kubin. Et, nous, pour la situer auprès de ses pairs, contemporains, parmi les artistes français, énumérons : Louis Pons, Sabrina Gruss, Petra Werlé ou le belge Jephan de Villiers.

     Le spectateur qui, en effet, visionne des histoires est aussi un lecteur. Il « déchiffre » des pièces, uniques ou en série comme dans un récit graphique. L’art de Murielle Belin est hors frontières, hors genre. « ce qui m’intéresse, entre autre, c’est la notion de bande dessinée » précise celle qui, justement, en autres thématiques, signa et saigna un chemin de croix en une suite de stations où elle imagine d’autres supplices que la crucifixion.  Il y a du Roland Topor chez Belin, du Tim Burton. Athée mais puissamment spirituelle – dans les deux sens du terme – la nancéenne détourne avec malignité l’univers du religieux. Elle perturbe nos sens, et le sens de la vie. En a-t-elle un ? En avant, en arrière, en éternel retour… Plus que dans le motif, le noir qualifie l’humour qu’elle pratique à froid et sans concession. Une ironie délicieusement tranchante d’autant que dans l’œuvre coule une sève poétique douce amère. Voulant trouver la forme de ses vers, la palette de ses rimes, en guise de « conclusion », reprenons son crédo, une ode, comme un quatrain titré…

LES CONSTANTES DANS MON TRAVAIL.

LA NOTION DE RELIQUE, DE VIE ET DE MORT, DE CONSERVATION, DE TRACE.

LA MINUTIE, L’AMOUR DU BEL OUVRAGE, L’EXPRESSION DANS LE DÉTAIL.

L'ASSOCIATION DU REPOUSSANT ET DU BEAU ; DU PÉTRIFIANT ET DU DOUX ; DU MORBIDE ET DU POÉTIQUE.

UN AMOUR DE L’HISTOIRE DE L’ART.

 L’œuvre de Murielle Belin est un univers, un paysage mental. Osez entrez dans le jardin des supplices, entre Eros et Thanatos, laissez vous aller à vos pulsions, pêchez en toute impunité, sans concession ni confession, jubilez et tremblez, ricanez mortels pendant qu’il en est temps.   

Patrick Le Fur mai 2015


Murielle Belin expose à la Galerie Grand'Rue du 6 juin au 18 juillet 2015 .

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